DIATHÈSE TUBERCULINIQUE

Définition de la diathèse

Définition

La diathèse tuberculinique est un état dynamique caractérisé par un mode réactionnel pathologique particulier.

  • La réaction inflammatoire au stress se développe essentiellement au niveau de l’appareil respiratoire.
  • Elle met en jeu un miasme clairement identifiable : le bacille tuberculeux.

Un tuberculeux, même guéri, reste tuberculinique : le bacille laisse une empreinte toxinique durable.
À l’inverse, un tuberculinique n’est pas forcément un tuberculeux — d’autres causes peuvent engendrer ce terrain.

Historique

Diathèse d’individualisation récente :

  • Identifiée en 1927 par le Dr Antoine Nebel (Lausanne) à partir de la psore hahnemannienne.
  • Description précise par le Dr Léon Vannier.

Organe clé : le poumon

Le tuberculinisme implique toujours une altération de la fonction pulmonaire :

  • Métabolisme de l’oxygène → sphère de l’oxygénoïdisme (Grauvogl)
  • Élimination toxinique → hypercholestérolémie fréquente associée

Le poumon est ici l’émonctoire principal.

Formule clinique

Tuberculinisme = Toux + Expectoration + Amaigrissement + Sueurs nocturnes

Ces signes se retrouvent principalement dans la pathogénésie de :

  • Phosphorus → médicament clé de la diathèse
  • Tuberculinum → nosode biothérapique (pathogénésie de Nebel)

Émonctoire secondaire

Le couple rein-vessie peut être touché secondairement → cystites infectieuses répétitives.
Lien avec la médecine traditionnelle chinoise (cycle d’engendrement / Cheng) : le poumon « nourrit » le rein.

Caractère du mode réactionnel

  • Mode aigu, vif, flamboyant
  • Mobilisation rapide et intense de l’énergie vitale
  • Le phosphore « brûle » haut et clair les déchets et toxines
  • Concerne surtout (mais non exclusivement) les sujets jeunes : enfants, adolescents

On naît tuberculinique.
Âgé, on meurt en général psorique.

Terrain de prédilection

Le mode réactionnel tuberculinique se développe principalement (mais non exclusivement) chez un sujet jeune, de constitution phosphorique.

Étiologies tuberculiniques

1. Le contage tuberculeux

a) La tuberculose

  • L’accident tuberculeux marque le sujet à vie d’une réactivité tuberculinique permanente.
  • Le tuberculeux est toujours tuberculinique ; l’inverse n’est pas vrai.
  • Sont équivalents : une primo-infection sévère, un virage de cuti accentué.
  • Recherche familiale : père, mère, oncles, tantes, fratrie (pas au-delà).
  • Importance du codage génétique : certains deviennent tuberculiniques, d’autres non.

b) Le B.C.G.

  • Vaccination par bacille atténué mais vivant.
  • Engendre souvent le tuberculinisme chez le type sensible.
  • Les nourrissons déjà phosphoriques deviendront presque sûrement tuberculiniques.
  • Ne pas refuser la vaccination, mais l’accompagner de médications homéodiathésiques.
  • Astuce : une dose de V.A.B. 9 CH une semaine avant facilite le virage.

c) Réactions tuberculiniques répétées

  • Cuti / intradermo annuelles → source de tuberculinisme chez l’enfant sensible.
  • Paradoxe : ces enfants sont souvent anergiques au B.C.G. → vaccinations répétées contre-indiquées.

2. Infections pulmonaires sévères

  • Coqueluche et rougeole (mêmes remarques sur les vaccins)
  • Pneumonies, pleurésies, trachéo-bronchites infectieuses répétées
  • Sarcoïdose pulmonaire (maladie de Besnier-Boeck-Schaumann)

3. Multiplication des pneumallergènes

  • Pollens
  • Tabac (exposition passive du nourrisson)
  • Acariens (dermatophagoïdes) liés aux moquettes et logements vétustes
  • Pollution atmosphérique (SO₂) → irritation permanente de l’appareil respiratoire

→ Domaine qui rapproche le tuberculinisme de la psore.

Description de la diathèse

Signes cliniques du tuberculinisme

1. Antécédents

  • Suite de tuberculose, primo-infection sévère, maladies tuberculiniques (coqueluche, rougeole) et vaccins afférents (B.C.G.…) chez un sujet phosphorique sensible.
  • Suite de colibacilloses répétées (colibacille et coliformes = commensaux du tuberculinisme).

2. Grande sensibilité de l’appareil respiratoire

  • S’enrhume facilement (« attrape froid ») tout en aimant la fraîcheur du grand air.
  • Rhino-pharyngites récidivantes, otites, nez qui coule, certains rhumes des foins.
  • Bronchites répétées, asthme, toussotements fréquents.
  • Toux aggravée par la chaleur, améliorée à l’air frais (Rumex).

3. « Déminéralisation » globale

  • Maigreur malgré un vif appétit (Natrum muriaticum, Iodum, Abrotanum) — hyperthyroïdie latente.
  • Douleurs du rachis dorsal (« a grandi trop vite ») : cyphose, scoliose, séquelles d’épiphysite de Scheuermann. Sensibilité des vertèbres dorsales (Phosphorus). Ne peut se coucher que sur un lit dur (Natrum muriaticum).
  • Fatigabilité physique rapide + besoin d’agitation permanente (Phosphorus, Arsenicum, Tuberculinum). Bouge sans cesse pieds et jambes (Zincum). Aime les voyages qui épuisent.
  • Fatigabilité nerveuse : brillant au démarrage, très vite épuisé. Intelligent, romantique, déprime par surmenage. L’enfant démarre bien l’année scolaire, finit moins bien.

4. Extrême variabilité

  • Symptômes physiques et mentaux très variables, décompensation brusque.
  • Passe rapidement du rire aux larmes (Pulsatilla, Ignatia).

5. Céphalées

Déclenchées / aggravées par le travail intellectuel et le rapport sexuel.

6. Appétit

  • Vif appétit, désir de sel, aliments salés, lait, fromage.
  • Intolérance aux aliments gras (Pulsatilla, Cyclamen).

7. Diarrhées

Faciles, répétées, indolores, chroniques → fatigue et déminéralisation (China, Iodum, Phosphorus).

8. Cœur nerveux

Tachycardie (Iodum), algies précordiales piquantes (Ignatia), hypotension orthostatique.

9. Sphère uro-génitale

  • Cystites / cystalgies récidivantes chez la femme.
  • Hypersexualité pouvant évoluer vers frigidité (Sepia) ou impuissance (Phosphorus, Zincum).
  • Règles très abondantes, en avance, épuisantes (China, Ipeca, Kalium carbonicum).

10. Circulation

Congestion veineuse périphérique, engelures, acrocyanose (Pulsatilla).

11. Transpiration

Profuse, surtout la nuit, n’apporte pas de soulagement, principalement du dos (Tuberculinum).

12. Tendance hémorragique

Sang rouge, abondant : épistaxis, hémoptysies, crachats rouillés (Phosphorus, Ferrum phosphoricum), hématuries (Formica rufa, Colibacillinum), purpura.

13. Thermorégulation

  • Poussées fébriles inattendues (fièvre de croissance), hyperthermie brutale sine materia (Phosphorus, Iodum, Natrum muriaticum).
  • Frilosité extrême possible (Kalium carbonicum, Calcarea phosphorica).

14. Douleurs articulaires

Aiguës, erratiques, aggravées par l’humidité. Douleurs de croissance (surtout dos).

Modalités

Aggravation

  • Pièce close
  • Temps humide et froid
  • Orage
  • Crépuscule
  • Chaleur (plan fonctionnel) + froid (plan pulmonaire)

Amélioration

  • Fraîcheur, grand air
  • Repos avec possibilité de bouger
  • Campagne, montagne de moyenne altitude

Pathologie du tuberculinisme

Le tuberculinisme s’exprime dans une pathologie qui coïncide avec les signes majeurs de la diathèse. Elle frappe essentiellement le sujet jeune.

« On naît tuberculinique, on meurt psorique. »

Sur un fond réactionnel chronique, elle évolue par accidents aigus, intensifs et violents.

1. Pathologie respiratoire (au premier plan)

  • Affections répétées du cavum : rhinites, rhino-pharyngites, otites (surtout oreille interne)
  • Trachéo-bronchites, bronchites, pneumonies, pleurésies, pneumothorax spontané
  • Accidents allergiques : coryza spasmodique, rhume des foins (pollens), asthme (poussières, acariens, moisissures)
  • Sécrétions muqueuses : épaisses, non irritantes, jaunâtres (Pulsatilla, Stannum), parfois striées de sang (Phosphorus, Ferrum)

2. Pathologie nerveuse

  • Déséquilibre psychique et dysrythmie neuro-végétative
  • Dépression facile après phases de surexcitation
  • Indifférence, isolement, caractère schizoïde, schizophrénie (la démence précoce frappe souvent un tuberculinique)
  • Perturbations de l’appétit : boulimie ou anorexie
  • Spasmes et contractures → la spasmophilie est le plus souvent d’essence tuberculinique

3. Pathologie hépato-digestive

  • Gastro-entérites, diarrhées faciles et chroniques
  • Allergies alimentaires
  • Ou, à l’inverse, constipation opiniâtre avec selles desséchées (Bryonia, Natrum muriaticum, Magnesia muriatica)

4. Pathologie cardio-vasculaire

  • Palpitations, tachycardie, hypotension orthostatique
  • Congestion veineuse, acrocyanose, engelures
  • Syndrome algo-dystrophique
  • Syndromes hémorragiques, hémophilie

5. Pathologie uro-génitale

  • Cystites répétées (coliformes ou urines claires) chez la femme
  • Phosphaturie (Calcarea phosphorica)
  • Dysménorrhée pubertaire, voire aménorrhée (Pulsatilla)

6. Pathologie ostéo-articulaire

  • Dos douloureux, améliorés en position allongée sur surface dure
  • Rhumatismes inflammatoires à VS élevée : RAA, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, pseudo-polyarthrite rhizomélique

7. Pathologie cutanée

  • Urticaires → en général tuberculiniques
  • Eczémas → plutôt psoriques
  • Acnés

Remèdes de la série

Le grand médicament de la diathèse : Phosphorus

Phosphorus est le grand médicament de la diathèse tuberculinique.
Sa pathogénésie reproduit les symptômes essentiels du tuberculinisme.

Médicaments d’organe

a) Poumons
Drosera,Ipeca ,Sambucus ,Bryonia , Tussilago
Ferrum phosphoricum (anti-inflammatoire)
Kalium sulfuricum ,Beryllium,Stannum ,Manganum

b) Rhino-pharynx
Allium cepa ,Manganum

c) Thyroïde
Spongia ,Aqua marina, Hedera helix, Calcarea iodata

d) Nerfs
Ignatia ,Kalium phosphoricum ,Phosphoricum acidum ,Zincum ,Magnesia phosphorica

e) Foie
Chelidonium , Carduus marianus

f) Rein et vessie
Formica rufa, Solidago, Apis

g) Génital
Helonias, Aletris,Cyclamen

h) Cœur et artères
Crataegus, Convallaria, Strophantus

i) Peau
Apis ,Rhus toxicodendron Siegesbeckia (suppurations chroniques)

j) Articulations
Tendons et ligaments :
Rhus toxicodendron ,Rhododendron
Séreuses :
Apis ,Bryonia

k) Sang
China ,Ferrum metallicum ,Ferrum phosphoricum

Médicaments de la diathèse tuberculinique

1. Le médicament constitutionnel

Le phosphorique est le type sensible de la diathèse : le tuberculinisme se développe de préférence sur la constitution phosphorique.

Séquence évolutive des remèdes de la constitution phosphorique :

Calcarea phosphorica → Kalium phosphoricum → Magnesia phosphorica → Ammonium phosphoricum → Phosphoricum acidum

2. Les médicaments tempéramentiels

Le tuberculinisme s’exprime à travers les 4 tempéraments hippocratiques.
Les tempéraments nerveux et sanguins sont particulièrement concernés.

  • Sanguin (chaud et humide, aggravé par la chaleur) → Pulsatilla
  • Bilieux (chaud et sec) → Natrum muriaticum, Iodum
  • Lymphatique (froid et humide) → Kalium carbonicum, Sepia
  • Nerveux (froid et sec) → Arsenicum

3. Sulfur iodatum

Dérivé iodé de Sulfur.
Il facilite les éliminations tuberculiniques.
La molécule iodée modère la réactivité flamboyante de Sulfur, toujours à redouter chez l’hyper-réactif tuberculinique.

4. Clé thérapeutique importante

L’introduction d’une molécule iodée adoucit toujours l’action du médicament de base :

  • Phosphorus tri-iodatus → à préférer si Phosphorus risque de déclencher une réaction trop vive
  • Arsenicum iodatum → même logique avec Arsenicum

Ce sont des clés du traitement des tuberculiniques.

Nosodes de la diathèse tuberculinique

Hors Tuberculinum (T.K.), qui a fait l’objet d’une expérimentation pathogénétique par Nebel et peut donc être prescrit selon la similitude symptomatique, les autres nosodes sont donnés sur une notion étiologique diathésique.

a) Les tuberculines

Produits provenant directement ou indirectement du bacille tuberculeux :

  • Tuberculinum (T.K.) — Bouillon filtré de culture du B.K. → exotoxines du B.K.
  • Tuberculinum residuum (T.R.) — Broyage du B.K. recueilli après filtration → endotoxines du B.K.
  • Tuberculinum aviaire — Bacilles tuberculeux isolés de l’oiseau. Plus doux → enfants et vieillards.
  • V.A.B. — B.C.G. (Vaccin Atténué Bilié). Nom commercial protégé.

b) Nosodes de maladies tuberculiniques

  • Morbillinum — Exsudat rhinopharyngé purulent de rougeoleux
  • Pertussinum — Exsudat pharyngé de coquelucheux (présence d’Hemophilus pertussis)

c) Les coliformes

Responsables des infections urinaires caractéristiques du tuberculinisme :

  • Colibacillinum
  • Sérum anticolibacillinum — Seul nosode délivré dès la 3e décimale en ampoules buvables
  • Proteus

d) Les pneumallergènes

  • Pollens — Isothérapique individualisé ou souche polyvalente
  • Dermatophagoïdes (variés)
  • Poumon-histaminé (Dr Dano) — Préparé à partir d’un cobaye tué par choc anaphylactique. Excellent médicament du tuberculinique allergique.

Biothérapies et drainage du tuberculinisme

Le tuberculinisme fait le lit d’affections spécifiques (pulmonaires, urinaires, nerveuses).
Les biothérapies d’expression hahnemannienne y sont majeures : elles assurent un drainage de proximité et limitent les risques d’aggravation.

Héritier de la psore, le tuberculinisme en a toute la vivacité de décompensation, sans bénéficier de l’émonctoire cutané.
D’où l’importance absolue de drainer ce terrain.

1. Immuno-stimulation tuberculinique

a) Thymuline 9 CH

  • Nonapeptide (zinc = élément activateur) → tropisme tuberculinique
  • Dès les premiers signes grippaux chez un sujet fatigué → 1 dose
  • Rhino-pharyngites à répétition → 1 dose / semaine pendant 2-3 mois (hiver)

b) Autres immunostimulants

  • Rosa canina Bg mac. 1D : 100 gttes/j (adulte) ; 5-10 gttes/année d’âge (enfant ≥ 4 ans)
  • Echinacea angustifolia TM : 50-100 gttes/j (adulte) ; 5 gttes/année d’âge (max 30)

c) Micromycothérapie

  • Alternance : Penicillium notatum D8 / Streptomyces griseus D8 (1 amp. le soir, 1-2 mois)
  • Bronchites chroniques → Aspergillus bronchialis D8
  • Asthme → Penicillium griseum D8
  • Syndromes inflammatoires aigus ORL/pulmonaires → triade :
    • Aspergillus fumigatus D8
    • Fusarium oxysporum D8
    • Penicillium candidum D8

d) Lithothérapie

Chalcopyrite aurifère D8, Or natif D8, Argent natif D8 → 1 ampoule 2 à 3×/jour

e) Organothérapie

  • Poumon → Pulmine D8 (+ Diaphragme D8)
  • Allergie → Histamine D8 (+ Surrénales D6)
  • Gros intestin → Colon D8
  • Foie, Pancréas, Rein en dilutions stimulantes

2. Colibacilloses répétées

Fréquentes chez la femme jeune tuberculinique.

En crise aiguë (10 jours)

  • Matin, midi, soir : 50 gttes Echinacea ang. TM + 1 amp. Sérum anticoli 4 CH
  • 1 soir sur 2 : 1 dose Thymuline 9 CH

Hors crise (1-2 mois)

  • Matin : 100 gttes Echinacea ang. TM
  • Soir : alternance 1 amp. Vessie D8 / 1 amp. Bornite D8
  • Tous les 7 jours en alternance : 1 dose Thymuline 9 CH / 1 dose Colibacillinum 12 CH

Puis enchaîner sur Tuberculinum 12 CH (traitement de fond).

3. Déséquilibre neurovégétatif / Spasmophilie

Fréquent chez le phosphorique longiligne déminéralisé (troubles Ca, P, K, Mg).

Schéma type

  • Matin : 100 gttes Tilia Bg mac. 1D
  • Midi : alternance Silica marina D8 / Diopside D8
  • Soir : alternance Glauconie D8 / Axe cortico-hypothalamique 9 CH

Chez le sujet jeune en croissance : Abies Bg mac. 1D (20-75 gttes) favorise la fixation du calcium.
Toujours adjoindre les médicaments constitutionnels + nosodes tuberculiniques.

Liens entre diathèses et constitions

Phosphorique + 🔄️ Tuberculinisme 🔄️ Muriatique

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