DIATHÈSE PSORIQUE

Définition de la diathèse

Diathèse psorique — Définition

La psore est l’une des trois diathèses identifiées par Hahnemann dans son Traité des maladies chroniques (1828).
C’est la diathèse la plus importante par son champ clinique et son universalisme.

Nature de la diathèse

  • Mode réactionnel spécifique aux agressions pathogènes
  • Comporte toujours une participation cutanée (acquise ou héréditaire)
  • Évolue par alternances et substitutions pathologiques
  • Maintient un temps l’équilibre physiologique, puis aboutit à l’épuisement de l’énergie vitale en l’absence de traitement

Comme toute diathèse, elle est aussi maladie miasmatique : agent pathogène externe acquis ou transmis par l’hérédité.
Les allergènes (réaction antigène-anticorps chez un sujet sensibilisé ou codé génétiquement) offrent un prototype moderne du miasme psorique.

Les trois phases de la dynamique psorique

  • Psore latente — Organisme encore en équilibre, signes d’imprégnation → Lycopodium
  • Psore éclatée — Pleine efflorescence symptomatique → Sulfur
  • Psore décompensée — Épuisement de l’énergie vitale → Psorinum

Mode de défense

La psore vise à éliminer toute imprégnation toxique et toxinique par la mise en jeu périodique et successive des grands émonctoires, en particulier la peau.

Elle évolue ainsi de problèmes cutanés → pulmonaires → hépatiques → digestifs…
aboutissant à une « patraquerie permanente » lorsque les organes éliminateurs, trop sollicités, finissent par se dégrader.

Étiologies de la psore

La psore apparaît d’abord et avant tout à la suite d’une affection cutanée « rentrée ».

C’est l’étiologie primordiale.
Traiter une maladie de peau uniquement en surface (pommades, antihistaminiques…) inhibe l’émonctoire cutané, bloque l’élimination toxinique et déplace le mal de la surface vers la profondeur.

Exemple : enfant de 4 ans couvert d’eczéma traité par corticoïdes topiques → chaque amélioration cutanée déclenchait une bronchite asthmatique sévère. Le traitement homéopsorique a résolu le problème.

1. Dermatoses (source principale)

  • Eczéma et toute dermatose étendue / traînante
  • Agressions microbiennes ou virales : impétigo, furoncles, acnés, urticaires (touche tuberculinique), herpès (touche sycotique)
  • Atopie (la prolifération infectieuse n’est que secondaire)

2. Agressions parasitaires

  • Le sarcopte de la gale fut historiquement le premier élément engendrant la psore pour Hahnemann
  • À l’époque, le terme « gale » désignait aussi toutes les affections cutanées sèches ou suintantes mal étiquetées
  • Traitements drastiques au soufre et au goudron → troubles colligés par Hahnemann

3. Mycoses

  • En pleine expansion (Candida albicans, Trichophyton, pityriasis…)
  • Point de départ de la micromycothérapie dynamisée

La dermatose initiale doit être marquée, importante, traînante. Un simple « bouton » ne suffit pas.

4. Multiplication des allergènes

  • Pollution atmosphérique et alimentaire → néo-allergènes
  • Allergies aux pollens, acariens, alimentaires
  • Polysensibilisations complexes
  • La psore reflète l’intolérance progressive de l’organisme à un environnement de plus en plus iatrogène

5. Surcharge alimentaire

Blocage progressif de l’axe foie – pancréas – rein :

  • Sucres excessifs → surmenage pancréatique, diabète gras de la cinquantaine
  • Graisses animales excessives → hypercholestérolémie, HDL bas
  • Purines excessives → hyperuricémie, accès goutteux

Le psorique mange souvent trop et mal (Antimonium crudum, Sulfur, Petroleum, Psorinum).
Sédentaire, analyses souvent modérément perturbées.

6. Hérédité

  • Codage génétique important
  • Parents eczémateux, asthmatiques, allergiques, diabétiques, goutteux ou migraineux → risque élevé
  • Constitution carbonique = lit de la psore
  • Le bébé atopique est souvent un beau Calcarea carbonica dont le destin se joue avec Graphites

Synthèse des étiologies

  1. Eczéma et dermatoses étendues / traînantes
  2. Gale parasitaire
  3. Mycoses cutanées
  4. Allergènes de l’environnement
  5. Consommation excessive de sucres et de graisses
  6. Sédentarité
  7. Hérédité allergique ou métabolique

La psore est pluricausale. Les facteurs s’engrènent les uns dans les autres — le primum movens miasmatique est souvent difficile à isoler.

Description de la diathèse

Signes majeurs de la psore

  1. Symptômes cutanés
    La peau = la psore. Éruptions (eczéma, urticaire, mycoses…), prurit, parasitoses, peau sèche (Alumina), malsaine, suppurante (Hepar sulfur, Silicea), de mauvaise odeur.
  2. État dépressif
    Idées mélancoliques, dépréciation, culpabilité.
    Triste, désespère de guérir → Sulfur, Arsenicum, Psorinum
    Mou, apathique → Graphites
    Culpabilité → Sepia
  3. Fatigue profonde
    Coups de pompe → Sulfur, Antimonium crudum
    Matin + fin d’après-midi → Lycopodium
    Permanente → Arsenicum, Psorinum
  4. Chronicité, alternance, périodicité
  5. Troubles de la thermorégulation
    Intolérance à la chaleur → Antimonium crudum, Sulfur, Natrum muriaticum
    Frilosité extrême → Psorinum, Calcarea carbonica, Arsenicum, Sepia, Silicea, Hepar sulfur
  6. Symptômes digestifs
    Faim excessive, désir de sucre → Antimonium crudum, Sulfur, Lycopodium
    Diarrhées matinales impérieuses, gaz fétides → Sulfur, Psorinum
    Hémorroïdes prurigineuses
  7. Symptômes respiratoires
    Rhinites spasmodiques, bronchites chroniques, rhume des foins, asthme (mode alternant / périodique)
  8. Symptômes gynécologiques
    Prurit vulvaire, leucorrhées malodorantes, syndrome prémenstruel
  9. Symptômes neurologiques
    Migraines brûlantes / congestives (Sulfur), alternances avec hémorroïdes (Aloe) ou diarrhées (Podophyllum)
  10. Mauvaise odeur de toutes les sécrétions et excrétions
  11. Troubles des phanères
    Ongles tachés de blanc (Silicea), épaissis / cassants (Antimonium crudum, Graphites, Petroleum)

Modalités

Aggravation

  • Suppression d’une élimination (surtout cutanée)
  • Chaleur ou froid selon les remèdes
  • Sucre et sucreries
  • Influence lunaire (nouvelle / pleine / descendante)

Amélioration

  • Tout ce qui facilite les éliminations
  • Exercice doux et prolongé
  • Régime léger, désintoxiquant
  • Réapparition d’un eczéma

Périodicité, alternance et chronicité

Périodicité — Rhume des foins, asthme saisonnier… Toujours rechercher un antécédent cutané.

Alternances — Eczéma ↔ asthme, eczéma ↔ bronchite, diarrhée ↔ céphalées (Podophyllum), etc.

Chronicité — Les troubles récidivent tout au long de la vie. La psore est longue à traiter.

Cycle évolutif de la psore

On décrit classiquement trois phases dans l’évolution de la diathèse psorique.

a) La psore latente

Phase de structuration de la diathèse. Par définition asymptomatique.

  • Peut être très prolongée (décompensation en fin d’existence)
  • Peut être très brève en cas d’hérédité forte (nourrisson atopique dès le 2e-3e mois)
  • À envisager systématiquement chez un carbonique se plaignant de fatigue, tristesse, digessions difficiles, prurit sans cause précise

Médicaments :
Enfant → Calcarea carbonica
Adulte → Lycopodium

b) La psore éclatée

Première phase de décompensation. Traduit l’effort énergique de l’organisme pour éliminer ses toxines.

  • Inflammation brutale, violente, de courte durée
  • Mise en jeu d’un émonctoire localisé
  • Dynamique centrifuge

Localisations typiques :

  • Cutanée → dermatoses flambantes, suintantes
  • Pulmonaire → rhinite, bronchite, asthme aigus
  • Digestive → colites avec diarrhées, crise hémorroïdaire
  • Neurologique → migraines
  • Articulaire → périarthrites

Grand médicament : Sulfur (+ ses satellites)

c) La psore décompensée

Fait suite à la psore éclatée qui perd progressivement de sa vigueur. Les réactions passent à la chronicité.

  • Étalement dans le temps + diminution d’intensité
  • Frilosité, tristesse irrépressible, fatigue profonde
  • Dynamique centripète

Localisations typiques :

  • Cutanée → dermatoses sèches, fissuraires, desquamantes
  • Respiratoire → asthme répétitif, bronchites chroniques
  • Digestive → colite chronique, hémorroïdes permanentes
  • Neurologique → céphalées, migraines, vertiges
  • Articulaire → douleurs torpides

Médicament : Psorinum (nosode de la diathèse)

Synthèse

  • Psore latente → Calcarea carbonica / Lycopodium
  • Psore éclatée → Sulfur
  • Psore décompensée → Psorinum

Remèdes de la série

Classification dynamique des médicaments psoriques

a) Médicaments de psore latente

Calcarea carbonica
Médicament constitutionnel. La psore est particulièrement à l’aise sur le carbonique.
Gros bébé, enfant gras, adulte carré scléreux, vieillard arrondi → tous ces carboniques sont des psoriques.

Lycopodium
Homéopsorique fondamental, indiqué à toutes les étapes de la vie.
Insuffisant hépato-biliaire, maigrit du haut / prend du bas-ventre, peau sèche jaunâtre, frileux aggravé par la chaleur, gourmand de sucre, latéralité droite, mélancolie de la vieillesse.

Satellites de Lycopodium :

b) Médicaments de psore éclatée

Sulfur — Le roi des homéopsoriques
Éruptions de toutes sortes, alternance / périodicité / chronicité.
Pieds brûlants, congestion, désir de sucre, diarrhée matinale, mauvaise odeur.
= « L’allumette » qui brûle les toxines.

Satellites de Sulfur :

Antimonium crudum
Gloutonnerie, aggravation par la chaleur rayonnante, eczéma suintant jaunâtre (visage).
= Première phase de décompensation de Sulfur.

c) Médicaments de psore décompensée

Évolution progressive vers Psorinum :

Psorinum — Le nosode de la diathèse, bout de route.
Frilosité + fatigue extrêmes, allergies, lésions cutanées, mauvaise odeur.
On peut naître Psorinum ou le devenir vers la cinquantaine.

Signes pathogénésiques des grands homéopsoriques

Par application du principe de similitude, les symptômes majeurs des grands homéopsoriques recoupent ceux de la psore.

a) Symptômes cutanés

  • Sulfur — Toutes formes d’eczéma. Prurit aggravé par la chaleur. Chronicité
  • Psorinum — Toutes formes chroniques. Aggravé en hiver, amélioré en été. Prurit violent à la chaleur du lit
  • Antimonium crudum — Jaunâtre, suintant (face + cuir chevelu)
  • Graphites — « Dartre gluante ». Commissures, oreilles, doigts, orteils, régions anale et génitale
  • Hepar sulfur — Toute plaie suppure. 4-5 CH favorise, 7-9 CH inhibe la suppuration
  • Silicea — Suppuration prolongée, tendance à fistuliser
  • Alumina — Très sec, très prurigineux. Prurit anal
  • Natrum muriaticum — Acné à comédons, herpès labial (soleil, mer)
  • Sepia — Dartres sèches, herpès circiné, mycoses des plis
  • Petroleum — Sec ou suintant, peau crevassée. Aggravé par le froid et l’hiver
  • Arsenicum — Sec, desquame « comme de la farine ». Prurit brûlant

b) Manifestations respiratoires

  • Arsenicum — Coryza brûlant, asthme 0h-2h. Le plus grand médicament d’asthme psorique
  • Aralia — Coryza + éternuements, asthme dès qu’on se couche (~23h)
  • Allium cepa — Coryza spasmodique excoriant, amélioré au grand air
  • Natrum muriaticum — Coryza chronique aggravé à 10h et à la chaleur
  • Hepar sulfur — Expectoration épaisse malodorante, aggravé à l’air froid
  • Antimonium tartaricum — Expectoration difficile, aggravé chaleur + humidité

c) Symptômes digestifs

Constipation : Bryonia · Natrum muriaticum · Alumina · Graphites

Diarrhées : Sulfur / Psorinum (matin) · Arsenicum (noires, brûlantes) · Calcarea carbonica / Magnesia carbonica (lait) · Aloe / Antimonium crudum (après excès)

Alternance : Podophyllum · Antimonium crudum · Collinsonia · Chelidonium

d) Alternances très psoriques

e) Troubles alimentaires

f) Frilosité

Accentuée chez la plupart, surtout Psorinum.
Seuls quatre préfèrent la fraîcheur : Sulfur · Antimonium crudum · Lycopodium · Natrum muriaticum.

Nosodes de la diathèse psorique

a) Psorinum

Psorinum est le premier nosode qui vient à l’esprit. Mis au point par Hering, expérimenté à la demande d’Hahnemann, préparé par prélèvement au niveau de vésicules de gale.

Sa pathogénésie, particulièrement riche, recouvre tous les symptômes d’une psore décompensée au plus haut degré. C’est un merveilleux ré-inducteur d’énergie vitale. On peut le considérer comme un Sulfur refroidi : aussi intense dans la psore décompensée que Sulfur l’est dans la psore éclatée.

b) Nosodes intestinaux

Le dysfonctionnement du cadre colique est à la fois source et symptôme de la psore (colite chronique, fermentations, ballonnements, troubles du transit).

Liste utile :

  • Coliformes Gram − : Paratyphoidinum B, Colibacillinum, Proteus, Eberthinum
  • Cocci Gram + : Enterococcinum, Streptococcinum
  • Pyrogenium (infection virale et/ou microbienne)
  • Mycoses : Monilia albicans, Candidine
  • Produits de putréfaction : Putrescinum, Scatol, Indolum
  • Chlamydiae (parfois)

La plupart n’ont pas de pathogénésie. Ils sont prescrits sur notion étiologique, en 7 ou 9 CH, tous les 7 à 15 jours.

Schéma de désintoxication colique (2 mois) — 1 dose / 7 jours, successivement :

  1. Paratyphoidinum B 12 CH
  2. Monilia albicans 12 CH
  3. Colibacillinum 12 CH
  4. Scatol 12 CH
  5. Proteus 12 CH
  6. Enterococcinum 12 CH
  7. Streptococcinum 12 CH
  8. Putrescinum 12 CH

c) Allergènes

L’allergie étant une grande maladie psorique.

Pneumallergènes :

  • Dermatophagoides pteronyssinus, Dermatophagoides farinae (acariens)
  • Moisissures et poussières de maison
  • Pollens / Pollantinum (phléole, houlque, dactyle, fétuque…)

À titre préventif du rhume des foins :
1 dose Pollen 30 CH / mois, pendant les 6 mois précédant la saison allergisante.

Allergènes alimentaires :

  • Peptones de viande / poisson / œuf (4 à 15 CH en désensibilisation)
  • Dérivés lactés : Lac vaccinum (lait entier), Lac defloratum (lait écrémé)

L’isothérapie peut être utile, mais l’action de l’identique est moins profonde que celle du semblable. Pour un résultat complet et durable, il faut toujours faire intervenir les grands homéopsoriques de fond.

Drainage de la psore

La psore = grande diathèse d’auto-intoxication chronique. Elle se caractérise par des crises d’élimination violentes et une participation cutanée constante.

Selon Hering, la dynamique salvatrice va de la profondeur vers la surface. Il faut donc drainer la peau et les émonctoires profonds : foie, pancréas, rein, côlon.

1. Drainage du côlon

  • Vaccinium Bg mac. 1D → 50 à 100 gttes/j
  • Constipation : Rhamnus + Rheum + Aloe + Cassia 3X → 15-30 gttes/j
  • Colites douloureuses : Momordica + China + Malva + Valeriana 3X → 15-30 gttes/j
  • Organothérapie : Colon 4 CH (constipation) · Colon 7 CH (colites douloureuses)

Nosodothérapie intestinale (2 mois) — 1 dose chaque dimanche :

  1. Paratyphoidinum B 12 CH
  2. Enterococcinum 12 CH
  3. Colibacillinum 12 CH
  4. Scatol 12 CH
  5. Candidine 12 CH
  6. Proteus 12 CH
  7. Eberthinum 12 CH
  8. Indol 12 CH

2. Drainage du pancréas

  • Pancréas 4 CH → 1 amp. 3×/semaine
  • Morus Bg mac. 1D → 50-100 gttes/j
  • Lappa TM → 50-100 gttes/j
  • Garnierite D8 (+ Blende D8 + Érythrite D8) → 1-3 amp./j

3. Drainage du foie

  • Taraxacum TM → 50-100 gttes/j
  • Rosmarinus Bg mac. 1D → 50-100 gttes/j
  • Olea Bg mac. 1D → 50-100 gttes/j
  • Formule : Berberis + Chelidonium + Carduus marianus + Chionanthus 3X → 15-30 gttes/j

4. Drainage du rein

  • Solidago TM / Pilosella TM → 50-100 gttes/j
  • Rein 4 CH → 1 amp. 1 jour/2
  • Sève de bouleau 1D → 50-100 gttes/j

5. Drainage de la peau

Gemmothérapie (50-100 gttes/j) :

  • Ribes Bg mac. 1D → corticostimulant, anti-inflammatoire
  • Cedrus Bg mac. 1D → eczéma sec
  • Ulmus Bg mac. 1D → eczéma suintant
  • Lappa major TM → acné récidivante
  • Conglomérat D8 (+ Soufre natif D8) → eczémas traînants

Micromycothérapie (3 mois) :

  • Intertrigos / mycoses des orteils → Trichophyton rubrum D8 (matin) + Monilia albicans D8 (soir)
  • Pityriasis versicolor → Pityrosporon D8 (matin) + Saccharomyces apiculare D8 (soir)
  • Candidoses cutanées → Monilia albicans D8 (1-3 amp./j)

Liens entre diathèses et constitions

Psore grasse (jeune) 🔄️ Carbonique
PSORE ECLATÉE 🔄️ SULFURIQUE
Psore décomposée 🔄️ Silicique
Psore décomposée (âgée) 🔄️ Phosphorique & Muriatique

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